En février j’ai essayé le Digital Declutter (littéralement désencombrement numérique) décrit par Cal Newport dans son ouvrage Digital Minimalism. Concrètement : j’ai supprimé les applications non essentielles de mon smartphone pendant un mois, pour interroger la place que chacune de ces applications prend dans mon quotidien.

Pour ma part, il s’agissait essentiellement me déconnecter des réseaux sociaux qui sont au cœur de mon addiction pour les écrans. Entre stress, impact sur la santé mentale, obstacle à la créativité et perte de temps, je pourrais écrire tout un article sur l’impact des réseaux sociaux sur mon bien-être, mais aujourd’hui j’aimerais surtout me focaliser sur ce retour d’expérience :-). Je vous dis tout !

Déconnecter des réseaux sociaux

Ce n’est pas la première fois que j’essaie de déconnecter des réseaux sociaux : en général ça fonctionne pendant quelques semaines, un ou deux mois tout au plus, avant que je resombre. Se détacher de son addiction aux réseaux sociaux c’est un peu comme les régimes : c’est souvent effet yoyo. Et pour cause, tout est fait sur ces applications pour retenir notre attention et nous rendre accros (pour comprendre ces phénomènes je vous recommande la série Dopamine sur Arte).

Après avoir lu les conseils de Cal Newport dans son ouvrage Digital Minimalism, bien décidée et surtout mieux équipée, en février je passe à l’acte.

Digital Declutter et minimalisme digital, qu’est-ce que c’est ?

Avec le digital declutter ou désencombrement numérique (ça fait beaucoup d’anglicismes, mais on n’a pas encore trouvé de joli mot en français 😊), ce qui change par rapport à ce que l’on appelle communément « détox numérique », c’est l’intention : il ne faut pas aborder cette expérience comme une simple pause (qui implique un retour à la normale le mois d’après), mais comme une première étape vers un véritable changement de comportement sur le long terme, motivé par une philosophie de vie : le minimalisme digital (que l’on pourrait aussi qualifier de sobriété numérique)

Le minimalisme digital, tel que décrit par Cal Newport consiste à se concentrer sur un nombre limité d’activités en ligne soigneusement choisies et de « joyeusement » faire l’impasse sur le reste.

En bref, le digital declutter, c’est se libérer une période pour prendre du recul sur ses usages numériques. Avec comme objectif à terme : réintroduire le bon, définitivement virer le superflu.

C’est parti ! Quelles apps supprimer ?

Cal Newport conseille de supprimer « toute application dont l’absence ne portera pas préjudice à votre vie personnelle ou professionnelle ». Naturellement, cela vous est très personnel. Voici un aperçu des apps que j’ai décidé de supprimer ou de garder sur mon smartphone :

Digital declutter - Les applications que j'ai choisi de supprimer ou de conserver. Les applications que j'ai supprimées ou conservées.

Je décide de conserver Google Maps pour me repérer à Berlin où j’ai emménagé il n’y pas longtemps et WhatsApp et Signal, qui me sont indispensables pour communiquer avec ma famille et mes collègues à l’étranger (mais je supprime Fb Messenger). Je garde Youtube pour accéder à mes cours de Yoga, Petit Bambou pour la méditation et Spotify pour la musique et les podcasts. Malheureusement j’essaie, mais je n’arrive pas à déconnecter mon compte Gmail (la preuve que tout est fait pour qu’on ne le fasse pas …ou que je ne suis pas douée 😉).

Je m’autorise à utiliser la plupart des applications sur l’ordinateur, sauf les réseaux sociaux (Facebook et Instagram), le cœur de mon problème d’addiction.

Un mois sans réseaux sociaux : journal de bord

Semaine 1 :

Je suis très motivée et convaincue de ma démarche, alors je ne ressens pas encore de manque. Je remarque quand même une tendance à vouloir compenser par d’autres médias (podcast, télévision, radio) pour me sentir occupée. Faire moins de portable c’est bien, mais si c’est pour remplacer par la télé ou Netflix : non merci. Je dévore un livre en deux jours qui m’attendait depuis longtemps.

Le weekend c’est mon anniversaire : c’est tentant de voir qui m’aurait envoyé un petit message sur les réseaux, mais je me retiens. Ceux pour qui je suis vraiment chère sauront me contacter. Et j’avais raison : le soir mes amis m’organisent une visio surprise et ma famille m’appelle au téléphone. Quand même plus appréciable qu’un « bon anniv’ » sur mon mur Facebook !

Semaine 2 :

Ah, voilà, le manque arrive. Ou plutôt les réflexes : après une grosse session de travail j’ai le réflexe d’attraper mon portable pour me divertir. Frustrée, je me rappelle qu’il n’y a plus rien à voir. Conditionnée comme un rat de laboratoire à la dopamine (réflexe pavlovien), je me surprends à scroller ce que je peux encore scroller : la météo (que je connais par cœur au bout d’une semaine) et mes mails (décidément, j’aurais vraiment dû supprimer gmail).

Toutefois l’ennui et le manque durent deux minutes tout au plus, et je passe rapidement à autre chose.

Le plus dur c’est de combler les petits vides dans les moments d’attente : ceux où l’on attrape le portable pour passer le temps, mais qui sont trop courts pour sortir un livre. Je me rends compte que mon cerveau n’aime pas beaucoup le vide. Alors je l’y habitue.

Semaine 3 :

Je fais tellement de visioconférences au travail que l’écran du portable ne me tente pas. Je rate quelques infos en lien avec ma vie associative (sur Fb Messenger), mais heureusement les copines sont là pour me tenir au courant quand il y a besoin.

Cette semaine, on me demande de me connecter sur Facebook pour une publication en lien avec le travail : je fonce sur ma page pro et publie l’actu, sans jeter un seul coup d’œil à mes notifs. Comme quoi, si l’on a une idée bien précise en tête, on peut !

Il m’arrive encore quelque fois de me surprendre à dégainer mon portable pour chercher à me divertir. Quand est-ce que mon cerveau finira par comprendre qu’il n’y a plus rien à voir par-là ?! Cela prouve bien la forte influence qu’ont ces applis sur nous.

Semaine 4 :

L’envie de scroller passe et je n’ai plus le réflexe de sortir mon téléphone à chaque moment de vide. Surtout, je me sens plus sereine et moins stressée, sans « obligations », sans le stress des conversations de groupe ou commentaires auxquels je n’aurais pas répondu. Les réseaux sociaux me semblent si loin et je prends un véritable plaisir à manquer tout ce qu’il s’y passe. 😊

Je discute souvent avec mes amis sur Signal ou WhatsApp. Les échanges y sont plus personnels que sur les réseaux sociaux.

En tout, ma consommation mobile tourne autour de 4h par semaine, répartie entre WhatsApp, Petit Bambou et Spotify.

L’heure du bilan

Si ce mois m’a fait réaliser une chose, c’est que déconnecter des réseaux sociaux ce n’est pas la mort (inimaginable pour beaucoup de jeunes de mon âge). Parfois on s’ennuie, parfois on doit s’organiser et trouver des alternatives pour accéder à des infos, mais on ne ratera jamais rien de vital (car quelqu’un sera toujours là pour nous prévenir en cas d’urgence).

Je me sens moins stressée et libérée d’un poids. D’abord inquiétée par le FOMO (Fear of missing out) je découvre le JOMO (Joy of missing out). Quel plaisir de savoir que je ne dois rien à personne !

Je remarque que je pense aussi plus souvent à mes amis, et que je fais plus régulièrement la démarche de vraiment prendre de leurs nouvelles (et ne pas me contenter de regarder leurs publications). En même temps, d’autres gens de ma longue liste d’amis Facebook et followers Instagram me sortent complètement de l’esprit. Mine de rien, ça prend beaucoup d’énergie d’entretenir tant de relations au quotidien.

En un mois, je redécouvre aussi le goût de la lecture (2 gros livres, et 10 bandes-dessinées dévorées) et je cuisine plus souvent des petits plats avec mon copain. En bref : beaucoup de positif !

Ce qui m’a manqué à contrario, c’est :

  • d’avoir accès facilement aux conversations de groupe de mon club de danse. Une amie a eu la gentillesse de me transmettre les infos essentielles, mais ce n’est pas une solution viable à long terme ;
  • de participer à la vie de ma communauté de mode vintage et alternative sur Facebook ;
  • de faire des sessions sur Instagram ou Pinterest pour m’inspirer (mais la frontière entre inspiration et comparaison est vite dépassée, alors attention à la dose !).

Pour conclure

A l’issue de ce digital declutter, voici ce que je mets en place :

  • Plus d’applications de réseaux sociaux sur mon portable (ce que je faisais déjà en partie avant) ;
  • Je désinstalle aussi Fb Messenger de mon portable, car je me rends compte que c’était une grande source de stress ;
  • Je limite mon utilisation des réseaux sociaux (Facebook et Instagram) à des créneaux précis dans la semaine.
  • Je définis en avance les raisons pour lesquelles je me connecte, pour des activités qui ont une forte valeur ajoutée pour moi (modération de mes communautés, vie associative, consultation des évènements locaux, inspiration).

Et vous, vous sentiriez-vous prêts à vous déconnecter pour un mois et repenser vos usages du numérique ? Quelles sont les applications qui vous rendent le plus accro ?

Pour aller plus loin :

  • Digital Minimalism, choosing a focus lifed in a noisy world - Cal Newport, 2019 - ISBN 978-0-525-54287-2
  • Une excellente revue du livre sur Le blog de mathilde.