Aujourd’hui je vous propose un article différent de ce que vous avez l’habitude de lire ici. Parce que oui, dans la vie il n’y a pas que le travail, et certaines aventures méritent d’être partagées. Je vous raconte mon été en Sibérie, sous forme de récit de voyage, qui donnera lieu à deux ou trois articles.

Ma sœur et moi, nous avons l’habitude d’aller en Russie où réside l’ensemble de notre famille. Mais nous allons toujours dans la ville dont sont originaires nos parents, où nous fréquentons uniquement : les amis de nos parents. Cette année, nous avons eu envie de dépaysement, de découvrir une autre Russie, mais surtout, de fréquenter des jeunes Russes de notre âge.

De Moscou à Irkoutsk

Après deux semaines en famille dans l’Ouest de la Russie, nous embarquons dans l’avion : direction Irkoutsk (Иркутск), en Sibérie orientale. Après 6 heures d’avion, épuisées par la nuit blanche et le décalage horaire (5 heures par rapport à Moscou), nous atterrissons avec soulagement dans le minuscule aéroport situé directement dans la ville.

Nos sacs à dos récupérés, nous cherchons le premier arrêt de bus grâce à notre ami Yandex (l’équivalent de Google pour les pays de l’Est). Premier constat : Il fait chaud, très chaud. Nous sautons dans le 1er bus, puis marchons jusqu’à notre Airbnb, où nous sommes accueillies par notre gentille hôte, Tatiana. Aussitôt nos valises posées, Tatiana nous offre une tasse de thé noir (c’est ça, l’hospitalité à la russe), et nous montre nos lits où nous dormirons jusqu’au soir.

Retour vers le passé

Réveillées, nous sortons, impatientes de nous aventurer dans la ville. À première vue, une ville russe comme les autres. Pourtant, les rues sont quasi-désertes, et nous n’arrivons pas à trouver de centre. Nous empruntons un tram en miteux état (70 ans d’âge) en direction du marché central. Secouées par la route instable, nous donnons chacune 15 roubles (environ 20cents) à la vendeuse de tickets, toujours présente dans les transports.

tramway russe

Les rues sont sales, délabrées, les routes cassées… la pauvreté est palpable. Nous avons l’impression de faire un voyage dans le temps …40 ans en arrière. Nous croisons deux hommes assis à discuter en véritable « squat russe » et ne pouvons nous empêcher de rire. Nous voyons pour la première fois des Russes aux visages asiatiques, et nous étonnons que le russe soit parlé ici de la même manière qu’à Moscou, sans accent (un des restes de l’Union soviétique). Et bientôt, nous sommes submergées par le spectacle du soleil qui se couche sur la ville déserte.

rue Irkutsk

slav squat

rue Irkutsk

Après avoir mangé en bonnes touristes dans le premier restaurant recommandé par TripAdvisor, nous sortons pour rentrer à la maison. Mauvaise surprise : Nous avons raté notre tram et attendons seules le prochain avec peu d’assurance dans la nuit. Quelques hommes se promènent et des 4x4 zonent sur la route. Nous attrapons le dernier tram et rentrons avec un sentiment amer d’insécurité. Nous nous promettons de toujours rentrer en taxi le soir à l’avenir. Et s’il n’était pas sûr de sortir la nuit ici ?

Matinée visite guidée d’Irkoutsk : le « petit Paris » de Sibérie

Le matin, nous retrouvons deux locaux pour une visite guidée gratuite d’Irkoutsk. Nous avons rendez-vous devant la statue de Lénine, rue Lénine… Il faut savoir que les rues russes ont gardé leurs noms soviétiques, et que chaque ville a forcément sa rue Lénine, Karl Marx ou prolétarienne.

rue Irkutsk

rue Irkutsk

buste gagarine irkutsk Buste de Yuri Gagarine

La ville de jour a un tout autre visage : charmante, accueillante, fleurie, davantage fréquentée. Nous découvrons ses nombreuses églises, théâtres et anciennes habitations en bois. Les guides nous promènent sur les berges de la rivière Angara où nous croisons la statue d’Alexandre III (commanditaire du transsibérien) et un mémorial à Gagarine. Mais nous n’entendrons pas parler des milliers d’exilés politiques qui ont marché sur ces rives durant le régime soviétique, triste mémoire locale.

maison typique Irkutsk

feu éternel Irkutsk

feu éternel Irkutsk

Les deux guides nous racontent des anecdotes sur leur vie ici, et nous en France. Plaque tournante du commerce (fourrure, or, thé et ivoire) par le passé, nous apprenons qu’Irkoutsk est aujourd’hui devenue la capitale russe du bitcoin, en raison de son électricité bon marché. De retour devant Lénine qui nous salue, nous donnons chacune 1000 roubles (l’équivalent de 13 euros) à nos guides bénévoles, qui ne le sont peut-être pas tant que ça.

data center irkutsk Ce bâtiment cache un data center d’après nos guides… on est pas convaincues !
fresque sirène trésor bitcoin irkutsk Fresque thémathique bitcoin

Bortsch, Sea & Sun

Après avoir cherché avec difficulté un endroit pour satisfaire mon estomac végétarien, nous nous posons dans un petit café (en Russie, tous les restaurants s’appellent café). Je commande un bortsch végétarien (soupe au chou et à la betterave) et une salade russe Vinegret (betteraves et pommes de terre). Ma petite sœur goûte des posy, gros raviolis fournis de viande de bœuf, spécialité bouriate.

Irkutsk plage

Ravitaillées, nous visitons le musée ethnographique, et allons tremper nos pieds sur la plage de l’Angara, où les locaux font bronzette. Nous finissons notre promenade au quartier 130 (130-й кварта́л). Ce quartier bâti au début des années 2010 pour les 350 ans d’Irkoutsk se démarque du reste de la ville par sa modernité. Tout y a été construit pour le shopping, le loisir et la restauration, avec une belle architecture en bois très typique… un véritable nid à touristes ! Le quartier est tellement décalé par rapport au reste de la ville, qu’on se croirait dans le Trumanshow !

quartier 130 Irkutsk Quartier 130

Une journée de coupe du monde ensoleillée

Dimanche, nous décidons d’explorer les périphéries de la ville, en explorant le quartier Solnochniyniy (littéralement : ensoleillé). Arrivées au terminus du tram, nous marchons à travers des quartiers résidentiels laissés à l’abandon pour atteindre le barrage.

rues Irkutsk

rues Irkutsk

Arrivées au barrage, une aire balnéaire, des jeunes font du ski nautique sur la rivière. Et nous regrettons de ne pas avoir pris nos maillots de bain. La chaleur est pesante, l’ombre inexistante. Mais qui a dit qu’il faisait froid en Sibérie ?

Irkutsk Solnochniy

Nous rentrons à la maison prendre des forces : Ce soir, c’est la finale de la coupe du monde, France-Croatie. Nous nous dirigeons vers un pub irlandais dans le fameux quartier 130, nous rencontrerons sûrement des étrangers. Ça n’a pas raté. A peine assis, nous discutons avec deux Françaises, un Argentin, un Irakien et un Américain (non, ce n’est pas le début d’une blague).

Irish pub Irkutsk

Quand le match commence à 23h (6h de décalage avec la France), la connexion TV ne marche pas, et nous migrons en panique dans le bar à chicha voisin. Nous sommes rejoins par une famille de Français. Deux heures plus tard, nous célébrons la victoire, à l’autre bout du monde, si loin de la France… Nous sortons dans les rues, et faisons la fête avec des Sud-Coréens, venus à notre rencontre nous féliciter de notre victoire.

coupe du monde 2018 Irkutsk

Nous rentrons en taxi à 3h du matin, riches de rencontres, des étoiles plein les yeux et non pressées de prendre notre bus à 8h pour l’île d’Olkhon le lendemain matin… 

coucher de soleil Irkutsk

C’était le premier article de mon aventure sibérienne, qui j’espère, vous aura plu. Dans le prochain épisode, je sors de la ville direction lac Baïkal, à bientôt !